LES FORMES DU VIDE, 2025




« Le néant du ciel s'appelle vide, le néant des montagnes cavernes, le néant de l'homme retraite, chambre vacante de sa demeure ou de son cœur. On entre dans les Cieux-Cavernes en se courbant, en rampant, en se rapetissant. Seul qui sait devenir microscopique y trouve asile ou peut y circuler. » Roger Caillois
Pendant plusieurs semaines, j’ai habité un zome en lisière de forêt. Chaque matin, j'entrais dans les bois au lever du jour. Les percées de lumière traversaient les arbres et révélaient par fragments, les roches calcaires, les souches et les reliefs, tandis que certaines zones demeuraient englouties dans l’ombre. Je restais longuement dans ces espaces, attentive aux formes, aux sons, à la lente apparition des choses. Peu à peu s’est imposé le sentiment d’entrer dans une existence nouvelle. Cette présence prolongée a modifié ma perception. Les repères se déplaçaient, les formes apparaissaient dans une continuité trouble. Elles se chevauchaient, se recoupaient, se répétaient comme dans un état proche du rêve. L’espace s’est imprégné jusque dans mes nuits, où se formaient des cités de pierre, des reliefs instables et des masses de roche de métal surgissant d’une obscurité sans fond. Ces images mentales, nées de l’expérience autant que du sommeil, ont fait émerger un nouveau territoire.
J’ai imaginé un espace primordial, antérieur aux structures par lesquelles la conscience ordonne le réel. Les matières apparaissent par éclats, elles flottent, vacillent. Elles sont échos, reflets et correspondances, composant des micro-paysages où l’infime rejoint l’immense, comme deux versants d’un même monde. Un monde ancien, minéral et organique, fait de failles, de poussières, de pierres, d’écorces et de cendres. Un territoire éclairé d’une lumière-nuit, enveloppé d’un noir fécond et infini, zone de désorientation et de perte des repères qui devient aussi un lieu de révélation. La forme y surgit des ténèbres tout en demeurant profondément liée à elles. Comme dans le rêve, le plein et le vide, la clarté et la nuit naissent d’un fond indifférencié, d'une immensité où tout existe encore à l'état de possible.